Plan d’épargne retraite (PER) : sortie en capital ou en rente, comment choisir en 2026 ?

Après plusieurs années à alimenter votre plan d’épargne retraite, l’heure du départ à la retraite approche et une question centrale se pose : faut-il demander le versement de votre épargne en une fois, sous forme de capital, ou préférer une rente viagère versée chaque mois jusqu’à la fin de votre vie ? Ce choix n’est pas anodin, car la fiscalité applicable diffère fortement selon l’option retenue et selon l’origine des sommes placées sur votre PER. En 2026, la hausse des prélèvements sociaux a modifié l’équation, rendant certains arbitrages plus coûteux qu’auparavant. Cet article fait le point sur les règles fiscales de la sortie en capital et de la sortie en rente viagère du plan d’épargne retraite, afin de vous aider à choisir la solution la plus adaptée à votre situation personnelle et patrimoniale.

Cette question concerne un nombre croissant de foyers chaque année, à mesure que les premiers titulaires de PER ouverts depuis la loi Pacte de 2019 arrivent progressivement à l’âge de la retraite, mais aussi les nombreux épargnants qui ont transféré vers ce nouveau produit leur ancien contrat Perp, Madelin ou article 83. Contrairement aux anciennes générations de contrats retraite, qui imposaient le plus souvent une sortie exclusive en rente viagère, le PER a introduit une souplesse inédite en autorisant, sauf exception, la sortie en capital pour la quasi-totalité des sommes épargnées. Cette liberté nouvelle est une avancée appréciable, mais elle transfère aussi sur l’épargnant la responsabilité d’un arbitrage fiscal complexe, qu’il vaut mieux anticiper plusieurs années avant la liquidation effective du plan.

Illustration : planification financière de la retraite et calcul de l'épargne
Photo : Bia Limova / Pexels

Le PER en quelques mots : un dispositif à trois compartiments

Le plan d’épargne retraite (PER), créé par la loi Pacte de 2019, a progressivement remplacé les anciens contrats Perp, Madelin, article 83 et Perco. Il se compose en réalité de trois compartiments distincts, dont la fiscalité de sortie n’est jamais identique : les versements volontaires que vous effectuez vous-même, l’épargne salariale issue de l’intéressement, de la participation ou de l’abondement de l’employeur, et enfin les versements obligatoires liés à certains régimes catégoriels d’entreprise. Comprendre cette architecture est indispensable avant d’aborder la question du capital ou de la rente, car le régime fiscal applicable à la sortie dépend directement du compartiment d’origine des sommes et du fait que vous ayez ou non déduit ces versements de votre revenu imposable au moment de l’entrée.

Pour les versements volontaires, vous avez le choix, au moment du versement, de déduire ou non la somme de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Pour un salarié, ce plafond correspond à 10 % des revenus professionnels de l’année précédente, retenus dans la limite de huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit un maximum de 37 680 € pour les versements 2026. Pour un travailleur non salarié, le calcul est plus favorable puisqu’il s’ajoute 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre une et huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, portant le plafond jusqu’à 88 911 €. Ce choix initial, déduire ou non, aura des conséquences directes sur l’imposition que vous supporterez le jour de la sortie, qu’elle intervienne en capital ou en rente.

Sortie en capital : comment est-elle imposée en 2026 ?

La sortie en capital consiste à récupérer tout ou partie de votre épargne en une seule fois, ou en plusieurs fractions échelonnées si votre contrat le permet. Cette option séduit les épargnants qui souhaitent financer un projet précis à la retraite : achat d’une résidence secondaire, aide à un enfant, ou simplement disposer d’une réserve de liquidités. Sa fiscalité distingue toujours deux éléments : le capital initialement versé et les plus-values générées pendant la phase d’épargne.

Lorsque les versements volontaires ont été déduits de votre revenu imposable à l’entrée, le capital correspondant est imposé au barème progressif de l’impôt sur le revenu au moment de la sortie, dans la catégorie des pensions, ce qui vous permet de bénéficier de l’abattement forfaitaire de 10 % applicable aux pensions et retraites, plafonné à 4 439 € par foyer fiscal pour les revenus 2025 déclarés en 2026. Les plus-values, elles, sont systématiquement soumises au prélèvement forfaitaire unique, la fameuse flat tax, dont le taux global atteint désormais 31,4 % en 2026 contre 30 % auparavant, en raison du relèvement du taux de CSG applicable aux revenus du capital. Cette hausse d’1,4 point, discrète mais réelle, renchérit mécaniquement le coût fiscal de toute sortie en capital comportant une plus-value significative.

Si vous aviez choisi de ne pas déduire vos versements volontaires à l’entrée, la situation est nettement plus favorable : le capital correspondant à ces versements non déduits ressort totalement exonéré d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, puisque vous avez déjà été imposé sur ces sommes au moment où vous les avez perçues comme salaire ou bénéfice. Seules les plus-values générées restent soumises au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. C’est pourquoi le choix de déduire ou non ses versements doit toujours être anticipé en fonction de votre tranche marginale d’imposition prévisible à la sortie : un contribuable qui anticipe une tranche marginale élevée à la retraite a parfois intérêt à limiter la déduction à l’entrée.

L’épargne salariale versée sur le PER, qu’elle provienne de l’intéressement, de la participation ou de l’abondement de l’employeur, bénéficie d’un régime encore plus avantageux : le capital est totalement exonéré d’impôt sur le revenu, quelle que soit la date de sortie, et seuls les gains sont soumis aux prélèvements sociaux au taux de 18,6 % en 2026, sans impôt sur le revenu. Ce compartiment reste donc le plus intéressant fiscalement, ce qui explique pourquoi de nombreux salariés ont tout intérêt à orienter leur intéressement et leur participation vers le PER Collectif plutôt que vers un placement classique. En revanche, les primes obligatoires versées dans le cadre d’un régime catégoriel d’entreprise ne peuvent jamais être récupérées sous forme de capital : seule la sortie en rente viagère est possible pour ce compartiment, ce qui constitue une différence importante à connaître avant de signer un contrat.

Fiscalité de la sortie en capital du PER selon l’origine des sommes (2026)
Origine des sommes Imposition du capital Imposition des plus-values
Versements volontaires déduits Barème IR (catégorie pensions), abattement 10 % plafonné à 4 439 € PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % prélèvements sociaux)
Versements volontaires non déduits Exonération totale d’IR et de prélèvements sociaux PFU 31,4 %
Épargne salariale (intéressement, participation, abondement) Exonération totale d’IR Prélèvements sociaux seuls, 18,6 %
Versements obligatoires (régime catégoriel) Sortie en capital interdite Non applicable
Illustration : couple senior échangeant sur sa stratégie de sortie du PER
Photo : Kampus Production / Pexels

Sortie en rente viagère : RVTO ou RVTG, deux régimes bien distincts

La rente viagère consiste à transformer votre épargne en un revenu régulier, versé jusqu’à votre décès, ce qui présente l’avantage de sécuriser un complément de revenu à vie, quelle que soit votre longévité. C’est une option souvent choisie par les épargnants qui redoutent d’épuiser leur capital trop tôt ou qui n’ont pas de projet précis nécessitant une somme importante en une fois. Là encore, la fiscalité dépend de l’origine des versements ayant constitué cette rente.

Lorsque la rente provient de versements qui avaient été déduits à l’entrée, elle est imposée selon le régime des pensions et retraites : elle entre dans le calcul de votre revenu imposable au barème progressif, après application de l’abattement de 10 % plafonné à 4 439 €, et elle supporte des prélèvements sociaux au taux réduit de 10,1 % applicable aux pensions, plus favorable que celui des revenus du capital. On parle dans ce cas de rente viagère à titre gratuit, ou RVTG, car elle est assimilée à une pension de retraite classique.

Lorsque la rente provient de versements non déduits à l’entrée, elle relève d’un régime totalement différent : la rente viagère à titre onéreux, ou RVTO. Dans ce cas, seule une fraction de la rente est soumise à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, cette fraction étant déterminée une fois pour toutes en fonction de votre âge au moment où vous commencez à percevoir la rente, et elle reste ensuite figée pour toute la durée du versement, même si votre âge augmente au fil des années. Ce mécanisme, hérité du droit commun des rentes viagères à titre onéreux, constitue l’un des principaux atouts fiscaux de la sortie en rente pour les versements non déduits, particulièrement pour les personnes qui liquident leur épargne tardivement.

« La fraction de la rente soumise à l’impôt sur le revenu est déterminée d’après l’âge du crédirentier lors de l’entrée en jouissance de la rente, sans être révisée par la suite. » — Principe fixé par l’article 158 du Code général des impôts

Barème de la rente viagère à titre onéreux (RVTO) selon l’âge en 2026
Âge du bénéficiaire à l’entrée en jouissance Fraction imposable de la rente Fraction exonérée
Moins de 50 ans 70 % 30 %
De 50 à 59 ans inclus 50 % 50 %
De 60 à 69 ans inclus 40 % 60 %
70 ans et plus 30 % 70 %

Concrètement, un épargnant qui liquide son PER en rente à 65 ans ne sera imposé et ne paiera des prélèvements sociaux que sur 40 % du montant de sa rente annuelle, les 60 % restants échappant définitivement à toute taxation. Plus l’âge d’entrée en jouissance est avancé, plus la fraction exonérée est importante, ce qui encourage certains épargnants à retarder la liquidation de leur rente lorsque leur situation le permet. Cet avantage explique pourquoi la rente viagère à titre onéreux reste, pour les versements non déduits, l’une des sorties les plus douces fiscalement parmi l’ensemble des produits d’épargne retraite existants.

Il convient également de rappeler que le taux des prélèvements sociaux applicable aux revenus du capital a été relevé dans le cadre du financement de la sécurité sociale pour 2026, ce qui explique le passage de 17,2 % à 18,6 % et, par ricochet, celui du prélèvement forfaitaire unique de 30 % à 31,4 %. Cette hausse, votée pour combler une partie du déficit des comptes sociaux, s’applique à tous les revenus de placement perçus depuis le 1er janvier 2026, y compris ceux issus d’un plan d’épargne retraite, qu’il s’agisse d’une sortie en capital ou d’une rente viagère à titre gratuit. Elle renforce mécaniquement l’intérêt relatif de la rente viagère à titre onéreux, dont l’assiette taxable réduite par l’abattement lié à l’âge limite l’impact de cette hausse généralisée des prélèvements.

Illustration : croissance d'un placement retraite dans le temps
Photo : Aurelijus U. / Pexels

Le cas particulier de la sortie mixte et des rachats programmés

La plupart des contrats de PER, qu’ils soient bancaires ou assurantiels, autorisent aujourd’hui une sortie mixte, combinant une partie en capital et une partie en rente viagère, selon des proportions librement choisies par l’épargnant au moment de la liquidation. Cette souplesse permet d’ajuster finement la stratégie fiscale : par exemple, prélever en capital la fraction correspondant à des versements non déduits, exonérée d’impôt, tout en conservant en rente la fraction issue de versements déduits, afin de lisser l’imposition dans le temps plutôt que de subir un pic de revenu imposable l’année de la liquidation totale. De nombreux assureurs proposent également des rachats partiels programmés, qui consistent à retirer chaque année une fraction du capital plutôt que la totalité, ce qui permet d’étaler la charge fiscale sur plusieurs exercices et d’éviter de basculer, ne serait-ce qu’une année, dans une tranche marginale d’imposition supérieure.

Le choix entre sortie en capital et sortie en rente dépend enfin de paramètres qui dépassent la seule fiscalité : l’état de santé et l’espérance de vie estimée, l’existence d’autres sources de revenus à la retraite, les besoins de trésorerie ponctuels, ou encore la volonté de transmettre un capital à ses héritiers. Une rente viagère s’éteint en effet au décès du bénéficiaire, sauf option de réversion prévue au contrat moyennant une rente initiale plus faible, tandis qu’un capital non consommé peut être transmis dans le cadre de la succession, avec une fiscalité qui varie selon que le décès survient avant ou après 70 ans pour les PER de type assurantiel.

Quel choix privilégier selon votre profil ?

Il n’existe pas de réponse universelle : le meilleur choix dépend de votre situation personnelle, de votre patrimoine global et de vos objectifs. Voici toutefois quelques repères qui reviennent fréquemment dans les recommandations des conseillers en gestion de patrimoine :

  • Si vous disposez déjà d’autres sources de revenus récurrentes à la retraite (pension de base, complémentaire, revenus locatifs), la sortie en capital permet de financer un projet ponctuel sans complexifier votre déclaration de revenus chaque année.
  • Si vous craignez de ne pas savoir gérer un capital important sur la durée ou si votre espérance de vie familiale est plutôt élevée, la rente viagère sécurise un complément de revenu qui ne peut pas s’épuiser, quelle que soit votre longévité.
  • Si une partie importante de vos versements n’a pas été déduite à l’entrée, la sortie en rente viagère à titre onéreux devient particulièrement attractive après 60 ou 70 ans, grâce à l’abattement croissant avec l’âge.
  • Si vous souhaitez transmettre un capital à vos proches en cas de décès prématuré, le capital ou les rachats programmés conservent cette possibilité, contrairement à la rente viagère simple sans réversion.
  • Si vous liquidez plusieurs produits d’épargne retraite la même année, envisagez d’étaler les sorties en capital sur deux exercices fiscaux distincts pour limiter l’effet de progressivité du barème.

Le conseil de la rédaction : avant toute demande de liquidation, simulez précisément l’impact de chaque option sur votre revenu fiscal de référence de l’année concernée, car ce dernier conditionne l’accès à certains avantages sociaux et fiscaux (taux de CSG applicable, exonérations locales, etc.). Une sortie en capital mal anticipée peut faire basculer temporairement votre foyer dans une tranche marginale supérieure, voire modifier votre taux de prélèvement à la source pour l’année suivante. Demander à votre assureur ou à votre banque un relevé détaillé de la part déduite et de la part non déduite de votre épargne est un préalable indispensable à toute décision éclairée.

Foire aux questions

Peut-on changer d’avis après avoir choisi la sortie en rente ?

Non, en principe, une fois la rente viagère mise en service, l’option est définitive et irrévocable : il n’est pas possible de revenir à une sortie en capital, sauf clause contractuelle exceptionnelle prévue par certains contrats collectifs qui autorisent, dans un délai très bref suivant la mise en service, une renonciation. Il est donc essentiel de bien réfléchir avant de signer les documents de liquidation.

La sortie en capital est-elle possible avant l’âge de la retraite ?

Oui, dans les cas de déblocage anticipé prévus par la loi : achat de la résidence principale, décès du conjoint ou du partenaire de Pacs, invalidité, surendettement, expiration des droits au chômage, ou cessation d’activité non salariée à la suite d’une liquidation judiciaire. Chacun de ces cas obéit à des règles fiscales spécifiques, généralement plus favorables que la sortie classique à la retraite pour les cinq accidents de la vie autres que l’achat de la résidence principale.

Faut-il déclarer soi-même la fraction imposable de la rente ?

L’organisme gestionnaire du PER transmet en principe le montant à déclarer, déjà calculé selon le régime applicable (RVTO ou RVTG), sur le document fiscal annuel qu’il vous adresse. Il convient néanmoins de vérifier que la fraction retenue correspond bien à votre âge au moment de l’entrée en jouissance, car une erreur administrative reste toujours possible.

Peut-on combiner plusieurs PER avec des choix de sortie différents ?

Oui, si vous détenez plusieurs plans d’épargne retraite issus de différents employeurs ou souscrits à titre individuel, chaque contrat peut faire l’objet d’une décision de sortie indépendante : capital pour l’un, rente pour l’autre, ou sortie mixte pour un troisième. Cette liberté permet d’affiner votre stratégie fiscale globale au moment du départ à la retraite.

Choisir entre capital et rente à la sortie d’un plan d’épargne retraite est une décision structurante qui mérite d’être préparée plusieurs années à l’avance, en tenant compte à la fois de la fiscalité, de vos besoins de trésorerie et de votre situation familiale. Pour approfondir la question de la constitution de votre épargne retraite, vous pouvez consulter notre article sur l’ouverture d’un PER individuel en 2026, celui consacré au remplissage de la déclaration d’impôt pour un PER, ou encore notre guide complet sur le fonctionnement, l’impôt et la succession du PER. Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé adapté à votre situation individuelle ; nous vous recommandons de consulter un conseiller en gestion de patrimoine ou votre centre des finances publiques avant toute décision de liquidation.

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