Succession entre frères et sœurs en 2026 : abattement, barème et exonération totale

La succession entre frères et sœurs obéit à des règles fiscales particulièrement sévères, très éloignées de celles qui protègent le conjoint survivant ou les enfants. En l’absence de descendants ou de conjoint, un frère ou une sœur peut pourtant hériter en vertu de l’ordre successoral fixé par le Code civil, et se retrouver confronté à une imposition pouvant atteindre 45 % de la part reçue. Heureusement, le législateur a prévu un dispositif d’exonération totale, sous conditions strictes, ainsi qu’un abattement de 15 932 € qui s’applique à chaque héritier. Cet article fait le point, pour l’année 2026, sur le barème applicable à la succession entre frères et sœurs, sur les abattements en vigueur et sur les stratégies légales permettant d’alléger, voire d’annuler, la note fiscale.

Qui hérite entre frères et sœurs selon le droit successoral ?

Le Code civil organise les successions en quatre ordres d’héritiers. Les frères et sœurs appartiennent au deuxième ordre, aux côtés des parents du défunt, et ne sont appelés à hériter qu’en l’absence d’enfants ou de descendants du défunt. Lorsque le défunt laisse un conjoint survivant non divorcé, la part réservée aux frères et sœurs dépend de la présence ou non des parents : si les deux parents sont encore en vie, chacun reçoit un quart de la succession en pleine propriété et les frères et sœurs se partagent la moitié restante ; si un seul parent survit, celui-ci reçoit un quart et les frères et sœurs se partagent les trois quarts. En l’absence de tout ascendant privilégié, les frères et sœurs recueillent l’intégralité de la succession, à parts égales entre eux, sous réserve des droits du conjoint survivant lorsque celui-ci existe.

La loi distingue également les frères et sœurs germains (mêmes père et mère), consanguins (même père) et utérins (même mère) : sur le plan strictement fiscal, cette distinction est sans incidence, le barème et l’abattement s’appliquant de la même manière quelle que soit la filiation commune. En revanche, un demi-frère ou une demi-sœur n’hérite que de la part de la succession issue du parent commun lorsque plusieurs lits sont en présence, ce qui peut compliquer le partage sans modifier la fiscalité applicable à sa part.

Documents de succession et calcul des droits entre frères et sœurs
Photo : Jakub Zerdzicki / Pexels

Le barème d’imposition applicable à la succession entre frères et sœurs

Lorsque l’exonération totale n’est pas applicable, la part nette recueillie par un frère ou une sœur, après déduction de l’abattement personnel, est soumise à un barème spécifique, nettement plus lourd que celui de la ligne directe. Ce barème ne comporte que deux tranches, ce qui le rend simple à calculer mais particulièrement pénalisant dès que le patrimoine transmis dépasse quelques dizaines de milliers d’euros. Le tableau ci-dessous récapitule les taux applicables en 2026.

Barème des droits de succession entre frères et sœurs en 2026
Fraction de part nette taxable Taux applicable
Jusqu’à 24 430 € 35 %
Au-delà de 24 430 € 45 %

À titre de comparaison, un enfant qui hérite de son parent bénéficie d’un barème progressif à sept tranches, plafonné à 45 % seulement au-delà de 1 805 677 €, avec des taux d’entrée de 5 % à 20 % sur la plupart des successions courantes. Un frère ou une sœur, lui, atteint le taux marginal de 45 % dès que la part taxable dépasse 24 430 €, soit un niveau de patrimoine que de nombreux ménages français dépassent aisément, notamment lorsque la succession comprend un bien immobilier. C’est cette rigueur qui explique pourquoi l’anticipation et la connaissance des dispositifs d’exonération sont particulièrement précieuses dans ce contexte.

L’abattement de 15 932 € entre frères et sœurs

Avant application du barème, chaque frère ou sœur bénéficie d’un abattement personnel de 15 932 €, qui vient réduire la base taxable de sa part héréditaire. Cet abattement se décompte, comme pour les autres liens de parenté, sur l’ensemble des donations et successions reçues de la même personne au cours des quinze années précédentes : si le défunt a déjà consenti une donation à son frère ou à sa sœur dans ce délai, l’abattement disponible au jour du décès sera diminué à due concurrence, voire totalement consommé si la donation antérieure atteignait ou dépassait déjà 15 932 €.

Ce montant, fixé par la loi, est resté stable ces dernières années et demeure très inférieur à celui accordé en ligne directe. Pour mesurer l’écart, le tableau suivant compare les abattements applicables en 2026 selon le lien de parenté entre le défunt et le bénéficiaire, hors dispositifs spécifiques comme l’assurance-vie ou les dons de sommes d’argent.

Comparatif des abattements de succession selon le lien de parenté en 2026
Lien de parenté avec le défunt Montant de l’abattement
Conjoint survivant ou partenaire de Pacs Exonération totale
Enfant, en ligne directe 100 000 €
Petit-enfant 31 865 €
Frère ou sœur 15 932 €
Neveu ou nièce 7 967 €
Personne handicapée (cumulable avec les autres abattements) 159 325 €
Aucun lien de parenté 1 594 €

Cette hiérarchie illustre la logique du droit fiscal français : plus le lien de parenté est éloigné, plus l’abattement se réduit et plus le taux d’imposition grimpe. Un neveu ou une nièce, par exemple, ne bénéficie que de 7 967 € d’abattement, contre 15 932 € pour un frère ou une sœur, ce qui explique que la transmission entre frères, sœurs, neveux et nièces impose souvent des stratégies d’anticipation dès que le patrimoine dépasse les seuils d’abattement disponibles.

Maison familiale transmise entre frères et sœurs lors d'une succession
Photo : Walter Coppola / Pexels

L’exonération totale des droits de succession entre frères et sœurs

L’article 796-0 ter du Code général des impôts prévoit un dispositif d’exonération intégrale des droits de succession entre frères et sœurs, qui permet, lorsque les conditions sont réunies, de transmettre un patrimoine sans aucune taxation, quel qu’en soit le montant. Ce régime, souvent méconnu, mérite d’être examiné avec attention car il repose sur trois conditions cumulatives qui doivent toutes être satisfaites au jour du décès.

  • Le frère ou la sœur bénéficiaire doit être célibataire, veuf, veuve, divorcé ou divorcée, ou séparé de corps au moment de l’ouverture de la succession ; un frère ou une sœur marié ou pacsé ne peut pas prétendre à l’exonération, même s’il remplit les deux autres conditions.
  • Il doit être âgé de plus de 50 ans au jour du décès, ou être atteint d’une infirmité le mettant dans l’impossibilité de subvenir par son travail aux nécessités de l’existence ; aucun taux d’incapacité minimal n’est fixé par la loi, l’appréciation se faisant au cas par cas.
  • Il doit avoir été constamment domicilié avec le défunt pendant les cinq années ayant précédé le décès ; une exception est admise lorsque la séparation du domicile résultait de raisons de santé, par exemple un placement en établissement médicalisé ou une hospitalisation prolongée.

La preuve de la cohabitation continue est souvent le point le plus délicat à établir : l’administration fiscale et, en cas de contentieux, les tribunaux, exigent des éléments concrets tels que des factures d’énergie, des avis d’imposition communs à la même adresse, des attestations de voisinage ou des relevés bancaires. Le simple fait de partager une adresse postale sur un document administratif isolé ne suffit généralement pas à démontrer une communauté de vie effective sur cinq années consécutives.

La jurisprudence est venue préciser la notion de domicile commun retenue pour apprécier la condition de cohabitation. Les tribunaux privilégient une approche civile et concrète de la vie commune, indépendante de la seule adresse déclarée aux services fiscaux : deux frères ou sœurs peuvent ainsi être regardés comme domiciliés ensemble dès lors qu’ils partagent effectivement le même logement au quotidien, même en cas d’imprécision ponctuelle dans leurs déclarations administratives respectives. À l’inverse, une simple domiciliation fiscale commune, sans vie commune réelle et continue, ne suffit pas à satisfaire l’exigence légale, ce qui explique le nombre de contentieux portés devant les tribunaux sur ce seul critère.

Lorsque le frère ou la sœur bénéficiaire est lui-même en situation de handicap, l’abattement spécifique de 159 325 € prévu en faveur des personnes handicapées se cumule intégralement avec l’abattement de droit commun de 15 932 €, portant ainsi le montant total exonéré à 175 257 € avant application du barème sur le solde éventuel. Ce cumul, souvent méconnu, peut représenter un levier important lorsque l’exonération totale de l’article 796-0 ter ne peut pas être invoquée, par exemple parce que la condition de cohabitation de cinq ans n’est pas remplie malgré une situation de handicap avérée chez l’héritier.

Comme le rappelle le Bulletin officiel des finances publiques, l’exonération de l’article 796-0 ter suppose que les trois conditions de situation matrimoniale, d’âge ou d’infirmité, et de cohabitation continue pendant cinq ans soient réunies simultanément à la date du décès, sans qu’aucune d’entre elles ne puisse suppléer à l’absence d’une autre.

Exemple chiffré : calcul des droits pour une succession de 60 000 €

Prenons le cas d’une personne célibataire décédée sans enfant ni conjoint, dont le seul héritier est sa sœur, mariée et ne remplissant donc pas les conditions de l’exonération de l’article 796-0 ter. La succession nette s’élève à 60 000 €. Après application de l’abattement de 15 932 €, la part taxable est ramenée à 44 068 €. Cette somme se décompose en deux tranches : les premiers 24 430 € sont taxés à 35 %, soit 8 550,50 €, et le solde de 19 638 € est taxé à 45 %, soit 8 837,10 €. Le total des droits de succession dus par la sœur s’élève donc à 17 387,60 €, soit près de 29 % de la somme brute reçue avant abattement, ce qui illustre concrètement le poids de ce barème lorsque l’exonération ne peut pas s’appliquer.

Si cette même sœur avait été veuve, âgée de 55 ans, et avait vécu sous le même toit que le défunt pendant les huit années précédant son décès, elle aurait au contraire perçu l’intégralité des 60 000 € sans acquitter le moindre euro de droits, l’exonération de l’article 796-0 ter s’appliquant alors sans limitation de montant. L’écart entre ces deux scénarios, pour un patrimoine strictement identique, montre à quel point la situation personnelle de l’héritier conditionne le résultat fiscal final.

L’assurance-vie, un outil complémentaire pour transmettre hors succession

Lorsque les conditions de l’exonération légale ne sont pas réunies, l’assurance-vie demeure l’un des rares outils permettant d’alléger sensiblement la fiscalité applicable à un frère ou une sœur bénéficiaire. Les sommes versées sur un contrat avant les 70 ans de l’assuré bénéficient, au profit de chaque bénéficiaire désigné, d’un abattement de 152 500 € prévu par l’article 990 I du Code général des impôts, totalement indépendant de l’abattement de 15 932 € applicable en matière de succession classique. Ce mécanisme, détaillé dans notre article consacré à l’assurance-vie et la succession, permet donc de cumuler les deux abattements pour un même bénéficiaire, à condition que le contrat ait été alimenté et que la clause bénéficiaire désigne nommément le frère ou la sœur concerné.

Pour les primes versées après le soixante-dixième anniversaire de l’assuré, le régime devient moins avantageux : un abattement global de 30 500 €, partagé entre l’ensemble des bénéficiaires du ou des contrats concernés, s’applique au titre de l’article 757 B du Code général des impôts, et seuls les gains et intérêts échappent ensuite à toute taxation. Il est donc généralement préférable, lorsque cela est possible, d’ouvrir ou d’alimenter un contrat d’assurance-vie au bénéfice d’un frère ou d’une sœur avant cet âge plutôt qu’après, afin de maximiser l’abattement disponible.

Le conseil de la rédaction : si vous souhaitez transmettre un patrimoine à un frère ou une sœur, vérifiez en priorité s’il remplit les trois conditions cumulatives de l’article 796-0 ter, car l’exonération totale reste, de loin, la solution la plus favorable lorsqu’elle est accessible. À défaut, combinez l’abattement de 15 932 € avec un contrat d’assurance-vie ouvert avant 70 ans pour limiter l’impact du barème à 35-45 %, et rassemblez dès à présent les justificatifs de cohabitation ou de situation matrimoniale qui pourraient être demandés par l’administration fiscale le moment venu.

Contrat d'assurance-vie et épargne transmise hors succession
Photo : Jakub Zerdzicki / Pexels

Anticiper la transmission entre frères et sœurs : quelles solutions ?

Au-delà de l’assurance-vie, plusieurs stratégies permettent de réduire légalement la charge fiscale pesant sur une succession entre frères et sœurs, à condition d’être mises en place suffisamment tôt et avec l’aide d’un professionnel du droit patrimonial.

  • Effectuer des donations échelonnées dans le temps, en tenant compte du délai de quinze ans qui permet de reconstituer intégralement l’abattement de 15 932 € pour chaque nouvelle donation.
  • Envisager le démembrement de propriété, en donnant la nue-propriété d’un bien tout en en conservant l’usufruit, ce qui réduit la base taxable au jour de la donation tout en préservant les revenus du donateur.
  • Vérifier, avant le décès, si les conditions de l’exonération de l’article 796-0 ter peuvent être réunies, par exemple en formalisant ou en documentant une cohabitation déjà existante entre frères et sœurs.
  • Étudier l’intérêt d’une renonciation à la succession au profit d’un neveu ou d’une nièce, lorsque la représentation successorale permet de transmettre directement aux générations suivantes dans des conditions fiscales parfois plus favorables selon la composition du patrimoine.
  • Consulter un notaire suffisamment en amont pour faire établir un bilan patrimonial précis et vérifier, article par article, si les abattements et exonérations disponibles ont bien été correctement anticipés avant l’ouverture de la succession.

Ces solutions ne s’excluent pas mutuellement : il est tout à fait possible de combiner une donation partielle du vivant du donateur, un contrat d’assurance-vie complémentaire, et une vérification des conditions de l’exonération légale, afin de sécuriser au maximum la transmission entre frères et sœurs. Chaque situation familiale étant différente, un accompagnement personnalisé reste la meilleure garantie d’optimiser légalement la fiscalité applicable.

Questions fréquentes sur la succession entre frères et sœurs

Un frère ou une sœur peut-il hériter en présence d’enfants du défunt ?

Non, en principe. Les enfants et descendants du défunt appartiennent au premier ordre d’héritiers et excluent les frères et sœurs, qui relèvent du deuxième ordre. Un frère ou une sœur ne peut hériter que si le défunt ne laisse ni enfant ni descendant, sauf disposition testamentaire particulière lui attribuant un legs dans la limite de la quotité disponible.

Faut-il payer des droits de succession sur une assurance-vie versée à un frère ou une sœur ?

Les capitaux d’assurance-vie ne font pas partie de la succession et échappent, sous conditions, aux droits de succession classiques. Ils bénéficient en revanche d’une fiscalité propre, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, distinct et cumulable avec l’abattement de 15 932 € applicable au reste du patrimoine successoral.

L’exonération de l’article 796-0 ter s’applique-t-elle aussi aux donations entre frères et sœurs ?

Non, ce dispositif ne concerne que les successions, c’est-à-dire les transmissions consécutives à un décès. Les donations entre frères et sœurs restent soumises, dans tous les cas, à l’abattement de 15 932 € puis au barème progressif à 35 % et 45 %, sans possibilité d’exonération totale équivalente à celle prévue pour les successions.

Comment prouver la cohabitation continue de cinq ans exigée pour l’exonération ?

Il est recommandé de conserver, tout au long de la période de cohabitation, des justificatifs datés et probants : factures d’énergie ou d’assurance habitation établies à la même adresse, avis d’imposition mentionnant le même domicile, attestations de voisinage, ou tout document administratif démontrant une vie commune effective et continue pendant les cinq années précédant le décès.

Un demi-frère bénéficie-t-il des mêmes abattements qu’un frère germain ?

Oui, sur le plan fiscal, aucune distinction n’est faite entre frères et sœurs germains, consanguins ou utérins : l’abattement de 15 932 € et le barème à 35-45 % s’appliquent de la même manière, seule la part civile recueillie dans la succession pouvant varier selon les règles de dévolution applicables en présence de plusieurs lits.

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation personnalisée auprès d’un notaire ou d’un conseiller en gestion de patrimoine, seul à même d’analyser votre situation familiale et patrimoniale précise avant toute décision de transmission.

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