Investir dans une maison en loi Pinel : oui en 2020 mais non en 2021 !

Investir dans une maison en loi Pinel a longtemps été une stratégie patrimoniale séduisante : on faisait construire un pavillon neuf, on le louait quelques années et l’on obtenait en échange une belle réduction d’impôt. Pourtant, ce qui était parfaitement possible en 2020 est devenu interdit à compter du 1er janvier 2021. Le législateur a en effet recentré le dispositif sur les logements situés dans des bâtiments d’habitation collectifs, excluant de fait la grande majorité des maisons individuelles. Comprendre ce basculement reste utile aujourd’hui, car de nombreux contribuables continuent de bénéficier d’engagements pris avant cette date, et parce que la logique de cette réforme éclaire les dispositifs qui ont succédé au Pinel. Faisons le point, étape par étape, sur cette règle qui a surpris bien des investisseurs.

Maison individuelle et loi Pinel : un dispositif autrefois accessible

Lancé en septembre 2014 en remplacement de la loi Duflot, le dispositif Pinel permettait à un particulier d’acquérir un logement neuf, de le mettre en location nue pour une durée de six, neuf ou douze ans, et d’obtenir une réduction d’impôt proportionnelle à cet engagement. Pendant les premières années, aucune distinction n’était faite entre un appartement en immeuble et une maison individuelle neuve : les deux ouvraient droit à l’avantage fiscal, dès lors que les plafonds de loyer, les plafonds de ressources des locataires et les conditions de performance énergétique étaient respectés. Beaucoup de ménages, notamment en zones périurbaines et dans les villes moyennes, ont ainsi fait bâtir un pavillon locatif. Pour mémoire, vous pouvez retrouver l’ensemble des fondamentaux dans notre dossier consacré à la loi Pinel.

Cette ouverture aux maisons s’expliquait par la philosophie initiale du dispositif : soutenir la construction de logements neufs partout où l’offre locative était jugée insuffisante. Un investisseur pouvait donc acheter un terrain, signer un contrat de construction de maison individuelle, puis louer le bien achevé. L’avantage fiscal était calculé sur le prix de revient de l’opération, terrain compris, dans la limite de 300 000 euros et de 5 500 euros par mètre carré. Pendant six ans, le Pinel « maison » a coexisté sans heurt avec le Pinel « appartement », et de nombreux promoteurs proposaient même des programmes de maisons groupées spécifiquement conçus pour cette clientèle d’épargnants.

2021 : le tournant qui exclut les maisons individuelles

Tout a changé avec la loi de finances pour 2020, dont l’article a prévu qu’à compter du 1er janvier 2021, seuls les logements situés dans un bâtiment d’habitation collectif seraient éligibles à la réduction d’impôt Pinel. La maison individuelle, qu’elle soit achetée neuve auprès d’un promoteur ou construite par l’investisseur lui-même, sortait ainsi du champ du dispositif. Cette décision n’était pas un détail technique : elle fermait purement et simplement la porte à un mode d’investissement très répandu, en particulier dans les territoires où le foncier permettait encore de bâtir des pavillons à un coût raisonnable. Du jour au lendemain, le pari fiscal devait obligatoirement porter sur un appartement.

Immeuble d'habitation collectif neuf, seul type de bien éligible au Pinel depuis 2021
Depuis 2021, seuls les logements en bâtiment d’habitation collectif restaient éligibles au Pinel. Photo : Phát Trương / Pexels

La définition du bâtiment d’habitation collectif

Pour appliquer cette nouvelle règle, encore fallait-il définir précisément ce qu’est un bâtiment d’habitation collectif. L’administration fiscale a apporté ses précisions par voie de rescrit, puis un décret est venu encadrer la notion. Le principe retenu est qu’un tel bâtiment doit comporter un nombre de logements strictement supérieur à deux, c’est-à-dire au moins trois logements distincts regroupés dans une même construction. Deux logements seulement, même superposés, ne suffisent donc pas à qualifier l’immeuble de collectif. L’administration a également précisé que la superposition verticale n’était pas une condition absolue : des logements disposés horizontalement, dès lors qu’ils s’inscrivent structurellement dans un seul et même bâtiment, peuvent répondre à la définition. Cette subtilité a son importance, car elle a permis de sauver certains programmes de logements intermédiaires qui ne ressemblaient pas à des immeubles classiques.

L’exception décisive : la date du permis de construire

Heureusement, le législateur n’a pas appliqué cette exclusion de manière brutale et rétroactive. Une mesure transitoire essentielle a été prévue : les maisons individuelles dont la demande de permis de construire a été déposée avant le 1er janvier 2021 conservent leur éligibilité au Pinel. Autrement dit, c’est bien la date de dépôt du permis, et non la date de la signature de l’acte ou de l’achèvement des travaux, qui sert de ligne de partage. Un investisseur ayant déposé son permis le 28 décembre 2020 pouvait donc parfaitement mener son opération à bien et bénéficier de la réduction d’impôt, même si la construction s’achevait courant 2021 ou 2022. Cette nuance a évité de pénaliser les projets déjà engagés et explique que des maisons Pinel aient continué d’être livrées bien après la réforme.

Situation Avant le 1er janvier 2021 À compter du 1er janvier 2021
Appartement neuf en immeuble collectif Éligible Éligible
Maison individuelle neuve (permis déposé en 2021 ou après) Éligible Exclue
Maison individuelle (permis déposé avant le 01/01/2021) Éligible Éligible (mesure transitoire)
Logement dans un bâtiment de 2 logements seulement Éligible Exclu (moins de 3 logements)

Pourquoi l’État a-t-il fermé la porte aux maisons ?

Cette exclusion n’est pas arbitraire : elle répond à plusieurs objectifs de politique publique affichés par les pouvoirs publics. Le premier est la lutte contre l’artificialisation des sols. En favorisant les immeubles collectifs plutôt que les pavillons individuels, l’État entend limiter l’étalement urbain et préserver les espaces naturels et agricoles, conformément à l’objectif de « zéro artificialisation nette ». Le deuxième objectif est la densification des zones tendues : un immeuble de plusieurs étages produit beaucoup plus de logements qu’un lotissement de maisons sur la même surface de terrain, ce qui répond mieux à la pénurie de logements dans les grandes agglomérations. Enfin, le législateur cherchait à recentrer un avantage fiscal coûteux sur les opérations jugées les plus utiles socialement et les plus efficientes pour les finances publiques.

Le recentrage du Pinel sur l’habitat collectif n’a pas été une simple formalité administrative : il a redessiné la carte de l’investissement locatif aidé, en orientant l’épargne des ménages vers la ville dense plutôt que vers le pavillon de périphérie.

Ce choix a suscité des critiques, notamment de la part des constructeurs de maisons individuelles et de certains élus de territoires ruraux, qui y ont vu une forme de pénalisation des zones où la demande de maisons reste forte. À l’inverse, les défenseurs de la mesure soulignaient que le Pinel « maison » avait parfois servi à financer des opérations peu pertinentes, dans des secteurs où l’offre locative n’était pas réellement déficitaire. Quoi qu’il en soit, la règle s’est imposée, et tout investisseur souhaitant entrer dans le dispositif après 2020 devait composer avec cette contrainte structurante.

Sur le terrain, cette réforme a profondément modifié les habitudes des épargnants et des conseillers. Les programmes de maisons groupées destinés à l’investissement locatif ont quasiment disparu des catalogues, tandis que les promoteurs concentraient leur offre sur des résidences collectives. Pour le particulier, le ticket d’entrée s’est souvent renchéri, car les appartements neufs éligibles se situaient majoritairement dans des zones urbaines où le prix au mètre carré est élevé. Cette évolution a aussi poussé certains investisseurs à reconsidérer l’intérêt global du Pinel, d’autant que la baisse parallèle des taux de réduction réduisait mécaniquement le rendement fiscal de l’opération. Au final, le couple formé par l’exclusion des maisons et la dégressivité des taux a sonné le glas progressif d’un dispositif emblématique de la décennie 2014-2024.

Des taux de réduction de toute façon en chute libre

L’exclusion des maisons n’a pas été la seule mauvaise nouvelle pour les candidats à la défiscalisation. En parallèle, les taux de réduction d’impôt du Pinel classique ont été progressivement rabotés. Jusqu’au 31 décembre 2022, l’avantage atteignait 12 % du prix du bien pour un engagement de six ans, 18 % pour neuf ans et 21 % pour douze ans. À partir de 2023, ces taux ont chuté, puis ont encore baissé en 2024, dernière année du dispositif. Cette dégressivité organisée traduisait clairement la volonté de l’État de mettre un terme à un mécanisme jugé trop onéreux. Pour conserver les taux pleins, il fallait alors se tourner vers le Pinel Plus, soumis à des exigences renforcées de qualité et de performance énergétique.

Durée d’engagement Jusqu’en 2022 En 2023 En 2024
6 ans 12 % 10,5 % 9 %
9 ans 18 % 15 % 12 %
12 ans 21 % 17,5 % 14 %
Chantier de construction d'une maison neuve, désormais hors champ du Pinel sauf permis antérieur à 2021
La construction d’une maison neuve n’ouvrait plus droit au Pinel à partir de 2021, sauf permis déposé avant cette date. Photo : Jan van der Wolf / Pexels

Concrètement, un investisseur qui hésitait entre 2022 et 2023 avait tout intérêt à boucler son opération avant la fin 2022 pour capter les taux les plus avantageux. Cette mécanique de baisse programmée, combinée à l’exclusion des maisons, a contribué à rendre le Pinel nettement moins attractif au fil des années. Il faut également garder à l’esprit que le calcul des délais d’achèvement et de mise en location obéissait à des règles strictes ; nous les détaillons dans notre article sur les délais d’achèvement du bien et de location en Pinel, dont le non-respect pouvait entraîner la remise en cause de l’avantage fiscal.

Et le Pinel Plus dans tout ça ?

Pour atténuer la dégressivité, le gouvernement a créé une version « premium » du dispositif, surnommée Pinel Plus ou super-Pinel, en vigueur en 2023 et 2024. Ce Pinel Plus permettait de conserver les taux historiques de 12, 18 et 21 %, à condition de respecter des critères beaucoup plus exigeants : surface minimale par typologie de logement, présence d’un espace extérieur (balcon, terrasse ou jardin), double exposition à partir du T3, et surtout un niveau de performance énergétique et environnementale élevé. Là encore, l’esprit était de réserver l’avantage fiscal aux logements de qualité, situés dans des immeubles collectifs. La maison individuelle restait exclue, sauf application de la mesure transitoire liée au permis de construire. Nous décryptons les conditions précises de cette variante dans notre guide Pinel Plus.

Pour les investisseurs achetant à plusieurs, les règles de détention pouvaient en outre se complexifier. L’acquisition en indivision, par exemple, impliquait que chaque indivisaire respecte ses propres obligations pour conserver le bénéfice de la réduction. Ce point, souvent négligé, méritait une attention particulière ; nous l’abordons en détail dans notre dossier sur l’indivision et la loi Pinel. Quel que soit le montage, l’exclusion de la maison individuelle s’appliquait de la même manière à tous les co-investisseurs.

2025-2026 : le Pinel n’existe plus, place à de nouveaux dispositifs

Au-delà du débat sur les maisons, il faut aujourd’hui rappeler une réalité essentielle : le dispositif Pinel a définitivement pris fin le 31 décembre 2024. Aucune nouvelle acquisition ne peut plus ouvrir droit à la réduction d’impôt Pinel depuis cette date. Les investisseurs ayant acquis leur bien avant la fin 2024 continuent toutefois de bénéficier de leur avantage fiscal jusqu’au terme de leur engagement initial de six, neuf ou douze ans. La question de l’éligibilité des maisons est donc devenue largement historique pour les nouveaux projets, mais elle reste d’actualité pour tous ceux qui gèrent un engagement en cours et doivent en respecter scrupuleusement les conditions jusqu’à son échéance.

Signature d'un contrat d'investissement immobilier locatif après la fin du dispositif Pinel
Depuis 2025, les nouveaux investissements locatifs aidés passent par d’autres dispositifs que le Pinel. Photo : Thirdman / Pexels

Pour 2026, le paysage de l’investissement locatif aidé s’est recomposé. Un nouveau dispositif, parfois désigné sous le nom de « Relance logement » ou dispositif Jeanbrun, est entré en vigueur en début d’année. Il ne repose plus sur une réduction d’impôt directe mais sur un mécanisme d’amortissement fiscal du bien, avec un engagement de location nue de neuf ans et des plafonds d’avantage annuel échelonnés selon le niveau de loyer pratiqué. En parallèle, le dispositif Denormandie, orienté vers la rénovation dans l’ancien situé en centre-ville, a été prolongé. Ces nouveaux outils ont leurs propres règles d’éligibilité, qu’il convient d’examiner avant tout engagement.

Le conseil de la rédaction

Si vous détenez encore un bien acquis sous Pinel, ne relâchez pas votre vigilance : c’est le respect continu de l’engagement (plafonds de loyer, plafonds de ressources du locataire, durée de location) qui sécurise votre réduction d’impôt jusqu’au bout. Une vacance trop longue ou un loyer dépassant le plafond peut suffire à déclencher une remise en cause. Et si vous envisagez un nouvel investissement en 2026, raisonnez à partir des dispositifs réellement en vigueur aujourd’hui plutôt qu’à partir du Pinel, désormais clos : comparez l’amortissement du nouveau dispositif locatif et la réduction Denormandie au regard de votre tranche d’imposition et de votre horizon de détention.

Que faire si vous déteniez (ou visiez) une maison Pinel ?

Plusieurs situations concrètes méritent d’être distinguées. Si vous avez déposé un permis de construire de maison individuelle avant le 1er janvier 2021 et mené votre projet à terme, votre bien demeure éligible et vous percevez votre réduction d’impôt normalement, dans le respect de votre engagement. Si vous aviez en revanche un projet de pavillon postérieur à cette date, le Pinel ne vous était plus accessible, et il l’est encore moins aujourd’hui puisque le dispositif est éteint. Dans ce cas, il faut explorer d’autres voies de défiscalisation immobilière, comme le déficit foncier dans l’ancien avec travaux, le statut du loueur en meublé, ou les nouveaux dispositifs d’amortissement de 2026.

Voici les principaux points à vérifier selon votre profil :

  • La date exacte de dépôt de votre permis de construire, qui conditionne l’éligibilité d’une maison engagée autour de 2020-2021.
  • La cohérence de votre loyer avec le plafond Pinel applicable à votre zone, réévalué chaque année.
  • Le respect des plafonds de ressources de votre locataire au moment de la signature du bail.
  • La durée de votre engagement initial et la date précise de son échéance, pour ne pas vendre trop tôt.
  • L’opportunité, à la fin de l’engagement, de conserver, vendre ou réorienter le bien vers un autre régime fiscal.

Questions fréquentes

Pouvait-on investir en Pinel dans une maison en 2020 ?

Oui. Jusqu’au 31 décembre 2020, une maison individuelle neuve était parfaitement éligible au dispositif Pinel, au même titre qu’un appartement, sous réserve de respecter les plafonds de loyer et de ressources ainsi que les conditions de performance énergétique en vigueur.

Pourquoi la maison individuelle a-t-elle été exclue en 2021 ?

La loi de finances pour 2020 a recentré le Pinel sur les bâtiments d’habitation collectifs à compter du 1er janvier 2021, principalement pour lutter contre l’artificialisation des sols et favoriser la densification des zones tendues. Les maisons individuelles ont donc été écartées du dispositif.

Une maison dont le permis a été déposé fin 2020 reste-t-elle éligible ?

Oui, grâce à la mesure transitoire. Si la demande de permis de construire a été déposée avant le 1er janvier 2021, la maison conserve son éligibilité au Pinel, même si la construction s’achève après cette date. C’est la date de dépôt du permis qui fait foi.

Le Pinel existe-t-il encore en 2026 ?

Non. Le dispositif Pinel a pris fin le 31 décembre 2024 et ne permet plus aucun nouvel investissement. Seuls les engagements souscrits avant cette date se poursuivent. Pour investir en 2026, il faut se tourner vers les dispositifs qui lui ont succédé, comme le nouveau régime d’amortissement locatif ou le Denormandie.

Cet article a une vocation purement informative et ne constitue pas un conseil fiscal ou patrimonial personnalisé. Les règles fiscales évoluent fréquemment ; avant tout investissement ou toute décision relative à un engagement en cours, il est vivement recommandé de consulter un professionnel (notaire, avocat fiscaliste ou conseiller en gestion de patrimoine) et de vérifier les textes en vigueur auprès de l’administration fiscale.

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